Pourquoi la SNCF a-t-elle choisi de s’engager pour l’insertion ?
B. VINCENT - La SNCF est en prise sur la société et ses problématiques, en particulier en Ile de France. Elle entend donc tenir compte du contexte dans lequel elle évolue, et, avec les chantiers d’insertion, s’inscrit dans une politique globale d’aide aux associations et aux populations en difficulté, sur ses territoires d’implantation.
D’autre part, elle peut faire jouer certains leviers internes : sa filiale ICF (Immobilière Chemins de Fer) est par exemple sollicitée pour loger certains salariés des chantiers liés à la SNCF. Sa politique d’achat intègre également cette dimension, par l’inscription de clauses d’insertion dans ses appels d’offre.
Par ailleurs, les usagers ont des attentes vis-à-vis des conditions de transport et de sécurité. Ce qui a amené la SNCF à réfléchir aux diverses dégradations et « incivilités » qui reflètent les difficultés sociales et sociétales existant dans cet environnement très urbanisé, et à s’intéresser à la question de l’intégration des jeunes. Ainsi, dans le secteur Paris Sud Est (gare de Lyon), un projet s’élabore avec le réseau Chantier École Ile de France en vue d’un chantier axé sur la médiation, à bord des trains et dans les gares, en vue d’améliorer le service aux voyageurs. Ce projet s’inscrit dans le cadre d’une réflexion menée de longue date avec Chantier École sur le contenu des travaux confiés aux chantiers, dans le sens d’un élargissement / enrichissement de ces contenus, avec une dimension de formation diplômante.
Quel est le processus pour la mise en place d’un chantier d’insertion soutenu par la SNCF ?
S. JORAND - Il faut savoir que le montage d’un chantier d’insertion dure de 6 à 18 mois. Au préalable, la SNCF identifie des supports pédagogiques et des travaux à réaliser car les chantiers doivent être utiles et d’intérêt collectif. Cette demande initiale peut être exprimée lors d’une réunion de comité inter-gares composée de représentants des lignes ferroviaires du secteur concerné et des communes voisines. Y sont formulés les besoins : défrichement, entretien d’espaces verts, embellissement des gares, etc. A partir de ce besoin, la coordinatrice citoyenneté solidarité se rend sur place pour évaluer la faisabilité dans le cadre d’un ACI qui devra durer au moins un an. La coordinatrice contacte ensuite le réseau Chantier École qui repère l’association susceptible de réaliser le chantier sur le territoire. Puis, l’association présente un cahier des charges et un pré-budget prévisionnel aux co-financeurs et aux partenaires publics. Le dossier est finalisé après un tour de table financier.
Après passage en CDIAE (Commission Départementale d’Insertion par l’Activité Economique), une convention bilatérale est signée entre l’association qui animera le chantier et la région SNCF partie prenante (montant maximum 70 000 € ; pour l’ACIF, 53 000 €).
Afin de réaliser le chantier en toute sécurité, un plan de prévention est élaboré par l’établissement SNCF et les encadrants de l’association sont formés aux normes de sécurité à appliquer sur le site ferroviaire : il n’est pas anodin de travailler à proximité des voies de chemin de fer. En outre, les gares sont des lieux publics et non des chantiers déserts, et il faut tenir compte des personnels SNCF, des clients, des allers et venues, etc. Le bon déroulement du chantier est suivi régulièrement, dans le cadre d’échanges, de réunions techniques et de comités de pilotage.
Le chantier de l’ACIF a été le premier des chantiers d’Ile de France sur la région de Paris Est. Comment a-t-il été mis en œuvre ?
J. BOULANGER - En 1995, un chargé de mission a été recruté pour développer, sur le canton de La Ferté sous Jouarre, des actions d’insertion sociale et professionnelle. Le chantier d’insertion a été initié sur cette base ; à l’époque, il a gardé l’appellation « Contrats verts » du nom d’un dispositif mis en place par la région par la Région Ile de France (souci de l’environnement et de l’aménagement du paysage). Ce chargé de mission a également posé les jalons pour la création du Centre social. Dans ce cadre, la SNCF a été un des premiers partenaires. A l’époque, il s’agissait essentiellement d’entretenir les talus au bord des voies ; ce premier travail a évolué vers l’entretien des gares et de leurs espaces verts.
G. TIREAU - Actuellement, le chantier intervient certes pour la SNCF (45% des travaux), mais aussi pour onze communes du canton et pour la SAUR, société qui gère localement le traitement de l’eau (55% des travaux), essentiellement sur l’entretien et l’aménagement d’espaces verts. Il accueille douze salariés en insertion (dont trois femmes), jeunes et adultes (18 à 55 ans), majoritairement peu qualifiés et peu mobiles, sur un bassin d’emploi restreint qui offre très peu de débouchés (pas d’entreprises importantes).
La SNCF est votre principal donneur d’ordre. En quoi cette coopération est-elle positive ?
J. B - Il y a l’intérêt financier, bien sûr, mais pas seulement. Les travaux effectués actuellement dans les gares sont facteurs de reconnaissance sociale, sur des lieux publics visibles, et il est important pour notre image que la SNCF nous les confie. Au fil du temps, une relation de confiance s’est instaurée entre les responsables du chantier et leurs interlocuteurs de la SNCF, très motivés par le volet insertion, qui se rendent compte du sérieux de l’ACIF et de la qualité du travail réalisé. Au départ, il y avait un peu le préjugé classique vis-à-vis des salariés en insertion (Comment travaillent-ils ? Sortent-ils de prison ?…) et c’est en coopérant au quotidien que les donneurs d’ordre s’aperçoivent que le chantier est une structure fiable et que les gens sont capables de travailler.
De façon générale, quelles difficultés ces coopérations rencontrent-elles ?
B.V. et S.J. - Elles sont de plusieurs ordres :
côté SNCF, certains acteurs du Transilien (les services d’équipement, liés à entretien des voies, qui travaillent en dehors des gares) sont difficiles à mobiliser sur la coopération avec les chantiers d’insertion, bien qu’ils aient aussi des besoins importants en termes de travaux ;
à l’externe, il n’est pas toujours facile de trouver un partenaire associatif de proximité pour piloter le chantier d’insertion ;
enfin, les salariés en insertion ne doivent pas se méprendre : la SNCF ne les embauchera pas à la sortie du chantier, sinon par les procédures applicables à toute personne postulant à un emploi à la SNCF. L’ACI n’est qu’un support d’activité dans un parcours d’insertion qu’ils doivent définir eux-mêmes.




